BIM et phase d’exécution : ce que cela change pour les bureaux d’études

publié le 22 septembre

Actualités Parole d'expert

En 2025, 73 % des acteurs de la construction en France déclarent utiliser le BIM dans au moins un de leurs projets, contre 56 % en 2021. Pour les bureaux d’études, cette progression se traduit par des exigences croissantes dans les appels d’offres et une exigence accrue sur la qualité ainsi que la structuration des données produites.

Pourtant, la majorité des organisations reste positionnée au niveau collaboratif et l’intégration complète du cycle de vie demeure l’exception.

Yannick Stenger, Manager of Product Management chez Sogelink, revient sur ce que le modèle change dans les pratiques quotidiennes des équipes, les freins qui persistent et les évolutions attendues.

 

Dans les projets, à quel moment les équipes réalisent-elles qu’elles font déjà du « BIM du quotidien », sans forcément le nommer ainsi ?

« Dès lors que les équipes commencent à structurer leurs données pour qu’elles soient réutilisables par les autres acteurs du projet. Lorsqu’un modèle est enrichi pour faciliter les études ultérieures ou l’exploitation/maintenance, la logique BIM est déjà là, même si le terme n’est pas posé. Le « BIM du quotidien » c’est le fait de produire une information partagée, cohérente et pensée pour la suite du cycle de vie. Nous retrouvons encore souvent la confusion entre BIM et modélisation 3D, alors que le BIM se met en place dès le début d’une collaboration intelligente de l’information du projet. »

 

Qu’est-ce que cela a changé dans la manière de travailler ou d’organiser les projets ?

Photo de Yannick Stenger
Yannick Stenger Manager of Product Management chez Sogelink Le changement le plus structurant est le renforcement de la collaboration et de la coordination entre les acteurs. Les équipes ne travaillent plus en silo : elles portent une attention accrue à la continuité de la donnée entre la conception, les travaux et l’exploitation. Les besoins des phases suivantes sont davantage anticipés et la production d’une information qualitative directement exploitable s’impose dès les premières étapes du projet.

L’enjeu était de taille pour le déploiement des process BIM. Sur les projets de construction, différentes entreprises interviennent systématiquement, ce qui veut dire que les organisations ont dû adapter leurs process internes, tout en leur offrant une agilité leur permettant de travailler avec des nouveaux acteurs sur chaque nouveau projet.

Au moment de passer au BIM, quels freins ou résistances sont soulevés ?

 

« Le frein principal est la perception d’une complexité supplémentaire. Certaines équipes estiment que le BIM impose des méthodes lourdes ou des outils entièrement nouveaux, alors qu’il s’agit le plus souvent d’adapter progressivement des pratiques déjà en place. Des résistances liées au partage d’information peuvent aussi apparaître : adopter une donnée commune, accessible à plusieurs intervenants, demande un temps d’appropriation et un ajustement des habitudes de travail. Ce n’est pas une remise en cause des compétences des équipes, mais une évolution dans leur manière de collaborer.

L’évolution vers le BIM s’est également déroulée en parallèle de l’accélération de la transition numérique des entreprises. Cela a également permis de lever des freins. »

 

Lorsque des exigences BIM formelles apparaissent dans un marché ou un appel d’offres, comment leur pertinence et leur réalisme sont-ils évalués pour un projet ?

 

« Le premier point d’analyse est l’alignement des exigences avec les objectifs opérationnels du projet. Une exigence BIM est pertinente si elle apporte une valeur mesurable, notamment pour la coordination entre intervenants ou l’exploitation future de l’ouvrage. Lorsqu’une exigence n’est pas adossée à un usage identifié, elle risque d’alourdir le projet sans bénéfice réel pour les équipes. L’évaluation porte aussi sur la maturité des équipes et des outils disponibles, car tout l’enjeu est de trouver un équilibre entre le niveau d’ambition demandé et les conditions réelles de mise en œuvre, pour que le BIM reste un levier d’efficacité.

Divers métiers autour du BIM se sont développés ces dernières années. En s’entourant des bonnes expertises au démarrage d’un nouveau projet, il est désormais facile de monter une gouvernance BIM qui saura prendre les décisions adéquates dès le lancement. »

 

Comment les outils de conception accompagnent-ils la mise en place des workflows BIM, simples ou avancés ?

 

« Les outils jouent un rôle structurant dès la phase de conception. Ils permettent de produire des informations cohérentes, réutilisables et interopérables, ce qui constitue le socle de tout process BIM. L’enjeu n’est pas d’imposer une organisation complexe mais de proposer des fonctionnalités adaptées à différents niveaux de maturité. Une équipe qui débute peut s’appuyer sur des usages accessibles, puis faire évoluer ses pratiques progressivement, au rythme de sa montée en compétence.

La réussite d’un projet BIM passe également par la qualité de l’interopérabilité entre les outils de conception. Les éditeurs des solutions logicielles ont davantage pris la mesure de cet enjeu et ont fait évolué leurs capacités pour accélérer ce besoin d’interopérabilité. »

 

Quelles compétences nouvelles le BIM demande-t-il aux équipes ?

 

« Le BIM renforce avant tout la nécessité de travailler de manière collaborative. Les équipes sont amenées à s’orienter davantage vers le partage de la donnée et l’anticipation des usages futurs. Des compétences émergent également autour de la structuration de l’information et de la compréhension du cycle de vie des infrastructures. Mais ce sont moins des évolutions techniques que des évolutions dans la culture de travail.

L’explosion récente des Intelligences Artificielles se présente comme une opportunité pour renforcer les compétences requises. Alors que les tâches simples et répétitives vont pouvoir être automatisées, l’IA sera un levier d’apprentissage utile pour aider les acteurs à proposer des structurations avancées et impactantes sur le cycle de vie des ouvrages.« 

Quand le BIM devient un outil de gestion des infrastructures

 

La trajectoire du BIM pointe vers une intégration plus profonde en phase d’exploitation. Le modèle numérique n’est plus seulement un outil de conception : il devient une base de données active, mobilisée tout au long du cycle de vie d’une infrastructure, des études initiales jusqu’aux opérations de maintenance. Cette évolution repose sur deux conditions. La première est l’interopérabilité entre les outils : les logiciels de conception, les plateformes de gestion d’actifs et les données de terrain doivent communiquer sans rupture. La seconde est l’intégration des exploitants dès l’amont des projets, pour que les livrables soient construits en fonction des usages réels.

Pour les bureaux d’études, cela représente un changement de périmètre. Les données produites en conception constituent désormais le référentiel sur lequel s’appuieront les équipes d’exploitation. La qualité, la structuration et la pérennité de ces données deviennent des critères de performance à part entière. C’est le positionnement des solutions de conception Covadis et Mensura : accompagner les bureaux d’études dans la production d’une donnée structurée, interopérable et exploitable au-delà de la phase de conception, quel que soit le niveau de maturité BIM de l’organisation.