D’ici 2030, la fonction publique territoriale fera face à des départs massifs à la retraite : près de 40 %* des agents seront concernés. Cette évolution démographique d’ampleur pose une question centrale pour les collectivités : comment assurer la transmission des savoirs et préserver la mémoire métier, dans un contexte de renouvellement accéléré des effectifs ? Au-delà des recrutements et des dispositifs de formation, un levier gagne en importance : la capitalisation sur les données pour transformer l’expérience individuelle des agents en connaissance commune durable.
Quand les départs à la retraite emportent l’expertise locale
Dans les collectivités territoriales, l’expertise va plus loin que l’apprentissage des procédures. Elle se construit dans la durée, à travers une connaissance fine du terrain, l’historique des interventions, la compréhension des usages locaux et la capacité à anticiper les fragilités des infrastructures ou des équipements. Lorsque des agents expérimentés quittent leurs fonctions, c’est une partie de cette mémoire métier qui risque de disparaître.
Le phénomène prend de l’ampleur : avec une moyenne d’âge de 46 ans*, les prochaines années verront s’en aller des professionnels qui ont accompagné les grandes transformations territoriales. Les métiers techniques sont particulièrement concernés, d’autant que près d’un tiers des collectivités constatent une augmentation du turnover depuis 2020*, accentuant les besoins de transmission. L’enjeu est donc double : assurer la continuité du service public et une efficacité opérationnelle pour les équipes qui prendront le relais.
Transmission des savoirs : le rôle clé de la donnée
Face à ces enjeux, de plus en plus de collectivités explorent une approche complémentaire : s’appuyer sur une donnée structurée pour partager les connaissances produites au quotidien par les agents.
Chaque intervention terrain, chaque compte-rendu d’intervention, chaque constat de pathologie sur une infrastructure (affaissement, dégradation de chaussée, désordre structurel…) constitue une information à forte valeur métier. Lorsqu’elles sont saisies, qualifiées et historisées dans des outils de gestion patrimoniale, ces données permettent de conserver la trace des observations de terrain et des décisions associées.
La donnée devient alors un support de transmission à part entière, transformant l’expérience individuelle des agents en connaissance commune, exploitable au sein de l’organisation.
De la capitalisation des données à une gestion plus anticipative du patrimoine
Cette approche ouvre également la voie à une administration plus proactive des infrastructures. En analysant l’historique des interventions et des incidents, les collectivités peuvent identifier des récurrences, repérer des signaux faibles et mieux planifier leurs actions.
Dans un contexte de renouvellement des effectifs, cette capacité à s’appuyer sur des informations partagées devient essentielle. Elle permet de compenser la perte d’expérience individuelle et de passer progressivement d’une logique d’intervention réactive à une maintenance plus préventive, en priorisant les investissements. À titre d’exemple, selon une étude Citizing, le coût de l’inaction en matière d’entretien des ponts peut être jusqu’à neuf fois supérieur à celui d’une politique de maintenance prédictive.
Ces démarches s’inscrivent dans une dynamique plus large de transformation des collectivités. En effet, selon le baromètre HoRHizons 2023*, 85,7 %* des organisations territoriales placent le développement des compétences au cœur de leur stratégie RH. La structuration des données apparaît ainsi comme un complément naturel aux dispositifs envisagés, contribuant à sécuriser la transmission des savoirs, à soutenir les agents dans leur prise de poste et à garantir la continuité du service public. Elle constitue également un levier d’attractivité, en répondant aux attentes de profils plus jeunes, souvent plus enclins à évoluer dans des environnements numériques structurés et outillés.
*Source des données : baromètre HoRHizons 2023 – CNFPT – « Tendances de l’emploi territorial et politiques RH des collectivités et des intercommunalités » Enquête réalisée auprès de 1 000 collectivités territoriales (mai-juin 2023)